Archives de Catégorie: jazz

Le vieux Ron

À défaut d’être à Montréal pour le festival de jazz, en voici quelques gouttes, presqu’en direct. C’était il y a deux jours, Ron Carter et Russell Malone y allaient d’un joli "jazz de chambre" au Club Soda.

Et c’est le vieux Ron qui mène la barque, tirant de sa contrebasse des sonorités étonnamment rondes, devant un Russell Malone admiratif.


Regards complices

Entre Louis Armstrong et Billie Holiday, il s’est passé quelque chose ce jour-là. Les regards complices, exprimant à la fois tendresse et admiration, en disent long sur l’appréciation qu’ils ont l’un de l’autre.

La vidéo a beau être extraite du film New Orleans d’Arthur Lubin (1947), la performance dépassait le jeu d’acteurs. Une vraie émotion était présente sur le plateau.

Le flamboyant Satchmo et la superbe Lady Day se trouvaient indéniablement sur la même longueur d’ondes : The Blues are Brewing !


Quand les Suisses font leur jazz


Je viens de m’apercevoir que, mine de rien, les Suisses sont très jazz. Coup sur coup, je tombe sur plusieurs radios suisses exclusivement consacrées au jazz.

La première est Radio Swiss Jazz, une station publique –excusez du peu– qui diffuse du jazz 24 heures sur 24, pour le plus grand bien de nos oreilles. Une radio qui se veut participative puisque les auditeurs peuvent faire partie d’un jury qui évalue douze pièces par semaine et que tout auditeur peut évaluer le morceau qu’il écoute. Par ailleurs, Radio Swiss Jazz sonde régulièrement le public en soumettant plusieurs centaines de morceaux à un échantillon de 120 fans du jazz. Tout cela permet d’établir une programmation vairiée qui accorde une place de choix au jazz mainstream, au blues, à la soul et aux rythmes sud-américains.

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L’autre radio suisse qui diffuse du jazz 24 heures sur 24 s’appelle tout simplement Swiss Radio. Il s’agit d’une radio privée non commerciale qui diffuse des musiques de niche sur plusieurs canaux, sans publicité. Parmi ceux-ci, un canal dédié au Modern Jazz et un autre au Public Domain Jazz. Ce dernier canal n’est pas le moins intéressant puisqu’il ne diffuse que des musiques entrées dans le domaine public, en l’ocurrence du vieux jazz antérieur aux années 50, avec quelques raretés. Si vous aimez la musique du film Radio Days de Woody Allen, elle deviendra vite votre station préférée !

Les deux radios s’appuient sur un travail d’archives qui fera le bonheur des amateurs et collectionneurs. Leur site web respectif est bourré d’informations relatives à l’histoire et aux acteurs du jazz.

Il n’y a donc aucune excuse pour les jazzophiles : où que vous soyez dans le monde, ces radios suisses peuvent être écoutées en ligne sur ordinateur, iPad, iPhone, Android ou tout autre appareil équipé de wifi.


Aaah, si j’avais su !

C’était le 19 avril 1964, dans ma chère ville de Liège. J’avais 11 ans. J’étais loin de me douter que Charles Mingus était en ville, accompagné d’Eric Dolphy s’il vous plaît. Il enregistrait dans les studios de la Radiodiffusion Télévision Belge (RTB), au Palais des Congrès.

Aaah, si j’avais su ! Ou plus exactement, si j’étais né plus tôt ! Je n’aurais pas manqué le rendez-vous ! Enfant, je me doutais bien que Liège était une ville de jazz. On susurrait dans la famille à propos du célèbre Festival de Comblain-la-Tour (à seulement 25 kilomètres de chez moi) et un cousin de ma mère était même un fanatique de vieux jazz pre-bebop.

La notion de jazz ne m’était donc pas inconnue. Mais de là à connaître Charles Mingus et Eric Dolphy, il y avait un pas de géant !

Il me reste donc, comme vous, à retrouver ces vieilles bandes sur Youtube, près de 48 ans plus tard. Voici donc Charles Mingus (contrebasse) et son quintet, formé d’Eric Dolphy (saxophone alto), Clifford Jordan (saxophone ténor), Jaki Byard (piano) et Dannie Richmond (batterie).

La pièce ? So Long Eric, composée en l’honneur du prochain départ d’Eric Dolphy, qui devait quitter le groupe a l’issue de la tournée en Europe du printemps 1964. Un titre prémonitoire d’ailleurs, puisque Eric Dolphy succombera à une crise cardiaque moins de trois mois plus tard, le 29 juin 1964 à Berlin. Il avait 36 ans.


Les surdoués du piano jazz

Art Tatum et Oscar Peterson sont sans doute les deux pianistes les plus doués de l’histoire du jazz (je ne dis pas les plus créatifs, je dis les plus doués). Cette courte vidéo, qui présente au passage de très rares images d’Art Tatum, permet de les comparer et de les apprécier.

Et qui sont ces deux personnages qui se trouvent aux commentaires ? Rien de moins que Ray Charles et Clint Eastwood. Ce dernier, grand amateur de jazz et pianiste lui-même, a réalisé en 2003 un documentaire intitulé Piano Bluesdont cette vidéo est un extrait. À propos d’Art Tatum, Ray Charles déclare notamment : « Le piano a quatre-vingt huit touches et il n’a que dix doigts. Mais il le faisait sonner comme s’ils étaient deux à jouer. »


Le petit italien de la bande

Une très belle pièce, presque nonchalante, sorte d’hymne à l’Algérie et ses musiciens. Mais suis-je totalement objectif ? Pour vous dire la vérité, toute la vérité, il y a longtemps, très longtemps, j’ai étudié pendant deux ans à l’Académie des Beaux-Arts de Liège (l’Aca pour les intimes) avec le saxophoniste ! Avec Pierre Vaiana, qui était le petit Italien de la bande, un peu fou (comme moi, en ces temps bénis).

Nous avions même formé un groupe musical que l’on avait appelé tout simplement Couloirs, car on répétait et jouait dans les couloirs de l’Aca. Pierre avait acheté d’occasion son premier saxo (soprano déjà). J’étais aux percussions et bruitages électroniques. L’aventure n’a duré que quelques mois et quelques concerts, mais Pierre, lui, a continué son petit bout de chemin dans la musique.

Je ne l’ai croisé qu’une fois depuis lors, lors d’un concert à Bruxelles, il y a déjà plusieurs années. Je sais qu’il fréquente assidument les musiques africaines et maghrébines. Pour notre plus grand plaisir, comme dans ce très beau Al Jazair.

La composition est de Pierre Vaiana, accompagné ici par Nicolas Thys à la basse, Fabian Fiorini au piano et Carlo Rizzo aux percussions.


Une belle brochette


Stan Getz et John Coltrane : la personne qui a posté cette vidéo sur Youtube a oublié le troisième larron, qui n’était pourtant pas des moindres (écoutez son remarquable solo) : Oscar Peterson. Sans compter les compagnons habituels de "Trane": Paul Chambers à la basse et Jimmy Cobb à la batterie. Au total, une très belle brochette, plutôt inattendue.

On ne glosera jamais assez sur la différence entre les deux saxophonistes : le blanc à la sonorité "cool", le noir au son enflammé. Chacun dans son style, l’un et l’autre sont considérés comme des tout grands du sax ténor. Les voici, fait rare, réunis sur une même scène, interprétant Hackensack, une composition de Thelonious Monk. C’était à Dusseldorf en 1960, dans une séquence filmée par la télévision allemande.

Vous en voulez plus ? Revoici les mêmes dans une superbe ballade introduite de main de maître par Oscar Peterson :


Le souffle du jazz

Body and Soul, c’est, en deux mots, le condensé du jazz : corps et âme. Qui aurait pu mieux l’interpréter que Dexter Gordon, lui qui, comme nul autre, met du souffle dans sa musique. Le sax tenor dans toute sa splendeur.

À ses côtés, George Gruntz au piano, Guy Pedersen à la basse et Daniel Humair à la batterie. C’était au temps (1964) où la télévision belge offrait des programmes qui apparaissent maintenant comme extraordinaires.


Chet l’Italien

Dans cette séquence, il prononce quatre mots en italien : Sono stanco, voglio dormire. L’accent ne laisse aucun doute : il est l’americano du film.

Qui eût imaginé rencontrer Chet Baker en ce lieu et dans ce rôle : acteur dans un film italien de seconde zone, Urlatori alla sbarra, tourné en 1960 par Lucio Fulci. On savait le trompettiste de jazz également chanteur et tombeur de ces dames. Il le prouve ici en interprétant (en anglais) la chanson Arrivederci dans les bras d’une demoiselle.

Dans ce film qui ciblait la jeunesse en pleine révolution rock’n'roll, son physique à la James Dean faisait la paire avec celui méditerranéen d’un certain Adriano Celentano. La chanteuse Mina était aussi de la partie dans ce musicarello, un genre cinématographique qui enchaînait, avec plus ou moins de bonheur, une série de scènes mettant en vedette les chanteurs du moment.

Ce fut apparemment la seule intrusion de Chet Baker dans le monde du cinéma.


Quelques notes de Boris

Boris Vian en jazzman

J’ai toujours été intrigué par Boris Vian, musicien de jazz. Que jouait-il au juste, lui qui, dans ses Chroniques de jazz publiées dans Jazz Hot, descendait en flamme le vieux swing pour adhérer totalement au bebop naissant ? J’avais déjà découvert une courte vidéo sur laquelle on pouvait l’entendre interpréter quelques mesures sur sa trompette. Trop peu pour se faire une idée de ses qualités musicales.

Je découvre maintenant un reportage où l’on retrouve les mêmes images (mieux éditées cette fois). Ce sont sans doute les seules que l’on ait de Boris en jazzman. Ses quelques notes servent ici de musique de fond (malheureusement) à une évocation de la vie littéraire de ce personnage extravagant du Paris des années quarante et cinquante.

On n’en saura pas plus sur la musique de ce touche-à-tout génial, et pour cause: hors de toute norme, ses multiples talents sont passés presque inaperçus de son vivant.


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